LA TRUITE EDULIS

La pisciculture fédérale de Saurat, vient de réussir une première mondiale qui devrait intéresser vivement les pêcheurs de truites du dimanche, et remédier définitivement à la pénurie de poissons dans nos rivières ariégeoises. Après plusieurs années de travail, et grâce à la persévérance des chercheurs des Universités de Toulouse et Montpellier, une nouvelle race de truite est née. Sa principale caractéristique est une croissance exceptionnelle. Le spécimen photographié ci-contre mesure déjà 25 cm, et n'a pas encore 6 mois.

Ce poisson, baptisé "truite edulis", ressemble à une truite fario qui aurait la tête d'un omble de fontaine. C'est d'ailleurs cette dernière propriété qui explique sa croissance phénoménale. Sa bouche démesurée lui permet d'avaler des proies de sa propre taille. Des spécimens d'un an ont avalé en quelques secondes les hérons qui avaient cru bon de venir se nourrir dans les bassins de la pisciculture.
 
Sa chair est délicate, avec un léger parfum de cèpe, et il est certain qu'elle va bientôt honorer la table de nos grands cuisiniers qui ne manqueront pas de trouver les meilleurs recettes pour la mettre en valeur.
 
Après plusieurs années de recherche, dans le secret de leur laboratoire, c'est par une publication à l'Académie des Sciences que les chercheurs ont fait connaître leur découverte. Ils ont d'abord eu l'idée de féconder les oeufs d'une truite fario avec la laitance d'un omble de fontaine. L'hybride obtenu ressemblait déjà au poisson décrit plus haut, mais avec une croissance qu'on pourrait qualifier de "normale", puisqu'il fallait 3 ans pour obtenir un individu de 25 cm. C'est alors que l'un des chercheurs eut l'idée géniale d'introduire un gène prélevé sur le champignon boletus edulis, dont la croissance est excessivement rapide, dans les embryons d'hybride.
 
Il reste encore quelques détails à régler pour produire ce poisson à l'échelle industrielle, et alimenter régulièrement les cours d'eau de première catégorie, mais tout porte à croire que le mot "bredouille" va bientôt disparaître du vocabulaire des pêcheurs de truites, et que les ménagères vont expérimenter les nouvelles recettes qui ne vont pas tarder à fleurir dans leurs revues préférées.